Le tournoi
Confucius se rend à un tournoi de tir à l'arc organisé par le Seigneur de Ai. Il y a là la fine fleur des archers du duc. Malgré son peu de goût pour cet art, et son manque certain d'entrainement, Confucius décoche trois flèches en plein coeur de la cible et gagne le tournoi.
Après l'avoir félicité, Yuan lui demande:
- Maitre, comment avez-vous fait? Il y avait contre vous des archers valeureux et, pourtant, vous qui ne tirez jamais à l'arc, vous êtes vainqueur. Quel est le secret de votre réussite?
-C'est très simple, dit Confucius, c'est justement parce que je ne désirais pas gagner que j'ai fini par y arriver.
-Comment cela?
-Tous ces hommes, ces archers bien plus talentueux que moi, étaient en compétition les uns contre les autres. Leurs gestes étaient emprunts de gravité, leur pouls difficile à maîtriser, leurs regards anxieux. Ils désiraient gagner, et c'est justement la peur de perdre qui a troubé la rectitude de leurs gestes. Quant à moi, qui m'en venais le coeur léger et serein, c'est justement ce détachement qui a permi à mes flèches de transpercer le coeur de la cible.
Les autres disciples félicitèrent le maitre pour son adresse et sa concentration, ainsi que pour sa grande sagesse.
-Et puis, conclut Confuius, la joie de gagner est plus intense quand on atteint un but sans vraiment l'avoir désiré. Car n'oubliez pas une chose: c'est l'imprévu qui rend le coeur heureux.
in Sagesses et malices de Confucius
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